Ma petite chanson O.L.

Extrait 1  

     […] J’aurais pu commencer par le récit de ma naissance en octobre 1942 et par l’histoire de ce petit bébé tout bleu que le médecin oignit en urgence afin d’en faire un ange ! En effet, maman, souffrant d’une phlébite pendant sa grossesse, avait dû ingérer de fortes doses de sulfamides qui avaient modifié son équilibre sanguin et donc le mien.
     J’aurais pu vous raconter aussi que l’on posa le couffin de ce petit bébé fragile dans la salle de bains, seule pièce bien chauffée et protectrice au sein d’une maison grande et froide.
     J’aurais pu inscrire d’emblée ma petite histoire dans la Grande Histoire et vous révéler que la petite Odile fut conçue et naquit en plein milieu de la guerre.
       J’aurais pu… mais non, place à Jean ! Mon père, ce héros ? J’avoue avoir été émue, mais agacée par les propos tenus autour du cercueil de papa : ce n’étaient que louanges, et compliments, très éloignés de l’image que j’avais, moi, de papa ! Ah ces discours dithyrambiques que l’on s’impose et que l’on impose aux autres quand les hommes meurent Qu’en est-il de ce qu’ils ont réellement vécu ? Mon père, je l’aimais mais il me semble qu’il ne ressemblait pas à tout cela ! […]

Extrait 2

     […] Et Nanou vint. Cette charmante petite fille naquit le 15 avril 1974 et rien ne fut plus comme avant ! Quand elle eut six mois, je l’emmenai chez le pédiatre pour une constipation chronique qui ne nous inquiétait que modérément, mais le médecin formula sans précaution un diagnostic de « retard psychomoteur ». J’étais seule et je reçus cette information avec beaucoup d’émotion et de surprise : nous n’avions rien vu. Commença à l’hôpital St Antoine toute une série d’examens pour comprendre ce qu’il se passait. Papa alla seul voir notre petit bébé perdu dans son grand berceau.
  – Tu serais trop triste de la voir, me dit-il
     Finalement, nous n’aurions jamais tout à fait la clé de ce handicap semblable à beaucoup d’autres et tellement unique cependant : nous naviguerions au radar, découvrant peu à peu les possibilités et les freins indépassables de notre benjamine. La suite, ce fut l’école maternelle quand même jusqu’à six ans, puis l’Institut Médico-Éducatif et un psychologue (qui ne l’était pas !) qui nous « balança »
  – Un enfant qui ne parle pas à sept ans ne parlera jamais !
     Vlan ! Et pourtant elle progressait vraiment en motricité, en autonomie. Son père, plus patient que moi passait beaucoup de temps à jouer aux puzzles et aux Mémory avec elle ; elle apprit à rouler à vélo… […]